lundi 7 septembre 2015

Passage en règle(s).

Pioupiou, c'est la rentrée, ça t'a pas échappé.
Fini, l'été, le soleil, les températures de merde genre 38 degrés à Strasbourg que tu crèves, les glaces à l'italienne, la farniente sur les transats, les baignades dans l'océan (ou la Manche si t'as pas de bol).
Et tu sais ce qui est encore plus emmerdant que de dégouliner de sueur, devoir porter des tongs et risquer l'insolation ? C'est dégouliner de sueur, devoir porter des tongs, risquer l'insolation et avoir tes règles.

Les règles, c'est chiant, quelle que soit la saison.
C'est chiant déjà ... par nature.

A qui ça ferait plaisir de perdre du sang et parfois des grumeaux chelou environ cinq jours par mois pendant grosso modo trente-cinq ans ?
PERSONNE.

Et en plus souvent tu te chopes des changements d'humeur. Je parle pas de la colère, non. Parce que le cliché "Haaa tu t'énerves, t'as tes ragnagnaaas", NON. VOS GUEULES.
Je m'énerve car tu dis et/ou fais de la merde et tu te fous de ma gueule car c'est mal vu qu'une meuf soit en colère. Et même, ça change quoi si j'ai mes règles ? J'ai le droit d'être vénère, je saigne dans ma culotte, on dirait que je viens de tuer un octodon avec ma Nana, j'ai mes entrailles qui dansent la salsa et les ovaires qui font les cymbales.

Putain.
La prochaine fois qu'on me sort ça et que j'ai mes règles, je leur balance ma serviette usagée dans la gueule.

Après qu'un mec ait essayé d'être trop lolilol en faisant une blague sur les fifilles trop fragiles et les règles.

Quand je parlais de changements d'humeur, je parlais plutôt de tristesse, de mélancolie, de déprime. Et aussi, tu as parfois mal au ventre, aux ovaires, aux jambes (cruralgies), des migraines, de la fièvre, des vertiges et même si t'as trop du bol, tu fais des hémorragies !

Donc, parfois, quand t'as tes règles tu cumules : sang partout + mal au ventre + migraine + envie de chialer et d'hiberner + une méga-dalle (car ton organisme a besoin de plus d'énergie) et parfois, t'as aucune énergie.

Et t'as quand même des mecs (car oui, ce sont presque toujours des mecs) qui te sortent :

"Hahaha t'es douillette, les règles, ça fait pas mal ! Hahahaha !"

TA GUEULE.
Va dire bonjour au quatre tonnes qui déboule sur l'autoroute, habille-toi en ketchup Heinz devant un taureau, va siffler sur la colline, tout ce que tu veux, mais ta.gueule.

- Bouououh Carl, ma mère vient de mourir ! Je suis tellement bouleversée !
- Oh ça alors, regardez-moi cette pleurnicharde ! Les anglais sont arrivés, hein, chérie ? Et bien calme-toi un peu, Miss Hormones.


Quand je dis "mecs" et "meufs", je parle en termes cisgenrés. Parce que c'est pas parce qu'on est une fille qu'on a un utérus, et qu'on est un mec qu'on en a pas, et que même si on est cis, on a pas forcément ses règles, toussa toussa.

Les règles, ça fait souvent mal. Dans mon cas, en tout cas, OUI. Dans ma famille, c'est le cas.
Ma cousine et moi-même avons du rater des matinées voire des journées de cours car nous avions trop mal pour aller au collège/lycée. L'an dernier, mes parents ont failli m'emmener aux urgences car j'arrêtais pas de vomir et je saignais à fond.



Des dizaines de filles sur le Net témoignent que leurs règles se font dans la douleur, et il y a deux constats :

1) Elles s'y sont habituées. Tu te dis C'est pas plus mal ! FAUX. La douleur sert à te dire que ton corps se détraque, qu'il y a un truc qui va pas , comme la fièvre. Mais quand t'as des règles douloureuses, ce signal est brouillé et donc, tu peux rater un problème super important.


Représentation d'une personne ayant des règles douloureuses, passant incognito en public.

Des filles ont cru avoir des crampes "ordinaires" alors qu'elles avaient l'appendicite ou avaient un kyste éclaté, ce qui peut vite devenir très dangereux.
Les règles ne sont pas sensées faire mal, ou peu. L'endométriose est une maladie encore peu connue qui rend les règles très douloureuses et abondantes, et je pense bien que j'en souffre, et que ma mère comme ma tante en souffraient aussi. Elle est aussi appelée "la maladie de l'infertilité" car c'est une des causes possibles de cette maladie, si elle est diagnostiquée trop tard ou est trop invasive.

Kesako, endométriose ?
En gros la paroi de l'utérus (l'endomètre) devient trop épaisse et n'est pas évacuée (c'est ce en quoi consistent grosso modo les règles). Il migre dans l'organe génital et dans les trompes, provoquant ainsi des bouchons, des kystes, etc. L'endométriose peut toucher l'anus (et tu auras donc mal en allant à la selle), aller plus vers l'aine (et tu douilleras de la jambe). Mais ses symptômes le plus courants sont : la douleur, la douleur et encore la douleur. Pas celle qui passe avec un Doliprane et une bouillotte, non. Celle qui te crispe, te fait parfois vomir et t'empêche de bouger normalement.
On peut faire des chirurgies pour rendre à l'utérus son état d'origine mais dans certains cas, celles-ci ne fonctionnent pas, malgré les opérations à répétition. Il faut alors parfois faire le choix de faire une hystérectomie, ce qui n'est pas forcément facile.

Donc, si vous avez mal lors de vos règles, CONSULTEZ.
Moi perso, je peux pas à cause d'un vaginisme (en gros mon vagin est en mode Gandalf : YOU SHALL NOT PASS !)( donc c'est râpé pour les contrôles gynéco, le seul moyen de me faire dépister, c'est une coloscopie et/ou une IRM analysée par un-e pro de l'endométriose).
Mais si vous le pouvez, et même si vous êtes jeunes, faites-le dès que possible. C'est une maladie qui peut vite devenir très envahissante et handicapante, et le plus tôt vous serez diagnostiqué-e-s et pris-es en charge, mieux ce sera.



Mais c'est pas forcément facile et ça me mène à mon petit deux.

2) Les gens, et surtout les médecins, sont des cons. Les médecins mecs, notamment. Mais pas tout le temps. Les parents auront tendance à te dire que oh, c'est pas la mort non plus ..! Et donc tu te diras que oui, au fond ielles ont ptêt raison, tu exagères, et tu apprendras à cacher ta douleur , comme les filles du petit 1).
Et si tu décides d'en parler à un médecin, ielle te dira peut-être Ah oui, les règles, c'est pas facile, mais c'est normal, je vais vous mettre du Nurofen et prenez une bouillotte, ça va passer une fois un peu plus âgé-e.
SU-PER. Plus que peut-être 5 ans à douiller, yououh !
Comment ça, vous arrivez pas à aller en cours quand vous avez vos règles ? Enfin, vous pouvez pas vous permettre de sécher tous les mois, comment vous allez faire quand vous travaillerez ?!


Quand me dit que la douleur, cey dans la têêête.

Cette question me hante, franchement.
J'ai fini par aller voir la gynéco de ma mère pour mettre un implant car j'ai tendance à oublier de prendre mes médocs et j'en prenais alors déjà pas mal. Et tout de go, elle m'a dit "Je fais pas les implants, c'est pas sûr."

La pilule non plus ...
Elle me l'a quand même prescrite et ça a été horrible pour moi. Déprime pas possible, mes règles me faisaient tout aussi mal, c'était limite pire que mieux et j'ai vite arrêté. Ces derniers mois, j'arrive à tenir bon avec mon cocktail Tramadol 200 + Nurofen 400 Flash + bouillotte + hibernation mais j'ai quand même des crampes pas cool du tout.

Mais grâce à la super-liste de soignant-e-s safe de Gyn&co, je pense retenter de demander un implant et peut-être de parler endométriose avec quelqu'un qui s'y connaît plus !

Ce qui me choque, c'est vraiment ce besoin de réfuter, de minimiser la douleur des personnes qui ont des règles douloureuses. Toujours dire qu'ielles se font des idées, qu'ielles exagèrent, que c'est pas si dur, que les règles c'est pas une maladie (un mec avait tweeté cela, car une employée avait demandé à rentrer chez elle car elle avait ses règles et n'arrivait pas à travailler. Il a refusé.) et que tu dis ça car c'est les hormooones, tu es énervé-e, tu es fragile, c'est normaaaaal.
Il y a un refus, voire carrément un tabou autour des douleurs menstruelles, y compris dans le corps médical. J'ai entendu parler de l'endométriose sur des forums et ce n'est qu'il y a quelques mois que j'en ai entendu parler à la TV, dans Le Magazine de la Santé. Les gens refusent de croire les personnes qui souffrent sur parole, car la douleur n'est pas quantifiable et ne peut pas être prouvée.
Si tu fais tes propres recherches, on te dira qu'il faut pas croire ce qu'on lit sur le Net hein ! et sinon, tu te trouves perdu-e au milieu de médecins qui sont pas forcément éclairé-e-s sur le sujet et pas toujours très enclin-e-s à t'aider, ne serait-ce qu'en te redirigeant vers un-e spécialiste ou un confrère/une consœur.

La seule aide que j'ai trouvée, c'est sur le Net. Le seul véritable soutien que j'ai dans ces moments, c'est le Net et mes ami-e-s. C'est d'ailleurs grâce à Louise que j'ai vraiment pigé que oui, mes règles étaient pas normales.

On était à Paris chez Coraline, je sortais de la douche et paf, je perds du sang sur le tapis. Gênée, je le dis quand même et Louise me dit "Mais tu perds du sang comme ça, toi ? En restant debout sans rien faire ?". J'ai répondu "Oui, tout le temps. Je dois mettre ma culotte dans la douche sinon j'en mets par terre dès que je sors" et j'ai vu à sa tête (et celle de Co) que c'était pas forcément très courant ou normal, de perdre du sang aussi vite et facilement ...

C'est moche.
C'est chiant.
Et ça arrive tous les mois.
Et pas qu'à moi.





L'autre tabou sur les règles avec celui de la douleur, c'est ... celui des règles, tout connement. Je l'avais abordé dans l'article Mea Culpa . Dès nos premières règles, on est conditionné-e-s à garder ça secret.
Tu dois pas le dire en public, si tu dois demander des serviettes, c'est à voix basse, si tu te changes aux toilettes, fais pas trop de bruit, etc, etc. Sans compter la pov' lichette de liquide bleu au lieu d'un bon jet de sang dans les pubs pour serviettes hygiéniques : de qui se moque-t-on ?
Comme bien d'autres, j'ai souvent caché quand j'avais mes règles, surtout en présence de garçons (qui, quand ils l'apprenaient, lançaient parfois une p'tite vacherie très spirituelle, hohoho). Et puis, un jour, une amie a crié devant la lycée si quelqu'un avait une serviette, et quand on l'a interpellée, elle a répondu sans se démonter "Bah quoi, j'ai mes règles, j'ai ça tous les mois, c'est naturel, je vais me planquer non plus !"

Et ça a été un déclic pour moi.
Mon corps est fait comme ça. J'ai pas à planquer mes serviettes au fond de mon sac pour pas choquer les p'tits vieux, ni à ne pas dire que j'ai mal au ventre à cause de mes règles car des garçons pourraient être mal à l'aise. C'est mon corps, c'est un truc que je vis tous les mois, et que je vis souvent mal. Je vais pas non plus le cacher comme si c'était une honte ou un crime.

J'ai mes règles.
Je saigne tous les mois, je souffre tous les mois, comme beaucoup d'autres personnes, qui peuvent me comprendre à la lecture de cette article.
Et je l'assume. Je n'en ai pas honte.
Et si ça te dégoûte, grandis un peu.
Si ta première réaction, c'est dire que je suis une chochotte, je suis sûr-e que tu te marrerais moins à ma place, vieille semelle moisie.

Quand j'ai mes règles, je repense toujours à ces moments que beaucoup de filles (cis) ont connu : celui où une fille, que tu connais pas forcément, demandait une serviette ou un tampon dans les vestiaires de l'EPS ou dans les toilettes et où toutes cherchaient dans leur sac ou demandaient à une pote, en encourageant l'ado qui allait peut-être avoir quelques jours difficiles. Amanda Palmer évoque ce moment dans The Art of Asking, et je crois que cette expérience montre que les femmes (cis, encore) peuvent faire preuve d'une vraie solidarité dans ces moments-là, qui les touchent toutes.



Je vous laisse avec ce strip sur l'endométriose, encore trop peu connue.
Et aussi un article en anglais sur des sous-vêtements qui rendent les serviettes et les tampons inutiles car super-absorbants !

Les photos sont de Rupi et Prabh Kaur.
Et une de Dwam pour finir (Nudity CW)







Bisous cacao-pistache sur vous !



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