mercredi 3 juin 2015

Caitlyn, Laverne et les autres.

Mmm ... Long time no see.
Quelque chose a secoué les z'Internets ces derniers jours. Je parle de ceci.

En soi, rien de choquant dans le fait de voir une femme en petite tenue en couverture de magazine, n'est-ce pas ? A part peut-être le fait qu'elle soit "mûre", ce qui reste rare.

Voici Caitlyn Jenner, une femme trans, anciennement Bruce Jenner. Oui, c'est un des parents des sœurs Kardashian. Oui oui ces jeunes filles vues comme idiotes et superficielles ont supporté un de leur parents dans leur transition pour qu'elle se sente mieux dans la peau de la femme qu'elle a toujours été.

C'est fou hein ?

En France, le TT qui n'a pas tardé à apparaître a été "Bruce Jenner"
"Bruce Jenner"
BRUCE. JENNER.

 Judging you so hard.

Cette femme ne s'appelle pas/plus Bruce Jenner mais Caitlyn Jenner. C'est ce qu'elle dit en couverture, "Call me Caitlyn".

Ce refus de l'appeler par son nom est une violence, une violence transphobe.
Vous refusez de reconnaître son identité en tant que femme, son parcours pour s'assumer comme telle, vous niez son existence tant que telle en lui rappelant l'homme qu'elle a du être et les souffrances qu'elle a du vivre en devant paraître homme. Vous ne voyez pas le problème d'appeler vos amis par leur surnom mais dès qu'une personne trans préfère être nommée par un nom qu'ielle s'est choisie, vous vous moquez, vous le niez.

La transphobie est une horrible réalité.
Les adolescents trans sont ceux qui ont le plus de risques de suicide, qui font le plus de tentatives de suicide : environ 50%  d'entre eux essaieront de mettre fin à leurs jours avant leurs vingt ans. Ces chiffres sont à la hausse dans les communautés Natives (d'Alaska ou des États-Unis, 56% des tentatives de suicide chez les personnes trans), les personnes métisses (54%) et les personnes noires (45%) [Source]

Les raisons qui poussent les adolescents trans à mettre fin à leur jours sont en majorité la peur du rejet, de la part des proches, notamment de la famille. Aux États-Unis, certaines familles croyantes refusent catégoriquement l'idée d'un enfant trans ou même simplement non-hétéros, d'où l'existence de "conversion therapies" sensées les remettre dans le droit chemin. Séances de psy qui ne sont en général que des insultes plus ou moins déguisées, violence physiques et psychologiques, un refus de connaître l'identité de l'adolescent, de ses choix, le tout avec une bonne dose de religion. Cette pratique tout bonnement inhumaine est connue pour n'avoir aucun résultat mais est encore assez répandus aux USA.

Vous avez peut-être entendu parler de Leelah Acorn, jeune adolescente trans qui s'est suicidée début Janvier. Née Joshua, elle se reconnaît trans à ses 14 ans mais ayant grandi dans une famille très croyante et conservatrice, elle fait passer pour un garçon cis homosexuel, ce que ses parents (surtout sa mère) acceptent très mal. Elle finit par faire son coming-out pour subir une conversion therapy en clinique. Dépressive, elle met fin à ses jours en se jetant sous un camion, à l'âge de 17 ans.

Sa mère, même après la mort de sa fille et sachant qu'elle en était coupable (Leelah a laissé une longue lettre d'adieu sur son Tumblr où elle expliquait qu'elle préférait se tuer que subir la colère et la honte de sa mère), a continué à l'appeler son fils, "il", "mon petit garçon". Elle a fait écrire "Joshua Alcorn" sur la pierre tombale de l'enfant qui a préféré se tuer car sa propre mère n'a pas voulu la reconnaître comme sa fille. Sa mère qui a pleuré et dit aux médias qu'elle était atterrée, sans sembler se sentir coupable, sans arrêter de mal genrer sa fille, et avançant qu'elle ne pouvait pas supporter sa transidentité à cause de sa religion.

Dans quel monde vivons-nous si des parents préfèrent enterrer leur enfant plutôt que de les voir devenir autre chose que ce qu'ils auraient voulu ?

Leelah (et bien d'autres) auraient voulu voir Caitlyn Jenner en couverture de Vanity Fair, tout comme ielles auraient aimé voir Laverne Cox (actrice et porte-parole des droits de trans) en couverture du Time.


Car ce qui manque, c'est la représentation.
Tout le monde a besoin de se voir dans les médias, que ce soit dans des oeuvres de fiction ou non.
Mirion Malle a fait une très bonne note en BD à ce sujet, que je vous encourage à lire ici.

Cette couverture de Vanity Fair avec une femme trans, Caitlyn Jenner, est essentielle dans cette représentation et cette reconnaissance de l'existence des personnes trans. Cela permet aux trans, surtout aux jeunes trans, de se dire qu'ils existent, qu'ils ont le droit d'exister, de s'exposer, de réussir leur vie, bref, de vivre.

"De vivre" malgré les insultes, la peur au ventre (les trans sont plus prompts à être tués, et leur assassin peut reporter la faute sur eux dans ce cas)(sisi, c'est la "Gay panic defense") et avec des difficultés administratives, sociales, professionnelles et peut-être même personnelles.

Mais le fait de s'assumer aide énormément à combattre ces violences et ces préjugés. Quand on sait qui on est et qu'on a pas peur de le cacher, on vit mieux.

Il y a un léger bémol : on pourrait croire en voyant ces deux (superbes) femmes trans que les femmes trans sont nécessairement très féminines, en performativité de la féminité.

C'est faux.
Tu es femme/homme quand tu te définis femme/homme. C'est tout.
Pas besoin de te couper les cheveux, de mettre des robes, des talons ou des t-shirts larges avec binder.

La communauté trans, notamment sur Tumblr, a profité du tohu-bohu médiatique sur la couverture Vanity Fair pour rappeler que, Caitlyn Jenner a eu de la chance. Pourquoi?

- Elle a un entourage qui la soutient.
- Elle a une (très) bonne situation financière.
- Cette situation financière lui a permis de pouvoir acheter vêtements/maquillage et également de faire de la chirurgie.

Peu de personnes trans ont la chance de remplir ses deux critères principaux, surtout que même avec un entourage aimant et un corps "conforme" à notre identité, le reste de la société reste encore méfiante, avec des soucis administratifs et professionnels (changement de sexe/genre/nom sur les papiers, etc,etc). Peu de personnes trans peuvent s'assumer dans le cadre intime et se permettre de s'habiller selon leur choix, et de se faire opérer à cause du coût ou des répercussions sociales.

Laverne Cox l'exprime très bien elle-même : elle ne représente qu'une petite partie de la communauté trans par sa féminité (très) assumée, avec des codes de la "femme fatale" (cheveux longs, maquillage, robe moulante, talons), mais tout le monde est différent. La solution, la représentation !

L'image de la personne trans reste très négative, Mirion Malle en parle dans sa note citée plus tôt. La personne trans est soit une menteuse (" J'étais bourré ! J'ai cru que c'était une fille mais elle avait une biiiite ! Haha j'allais pas baiser ça !!"), soit une personne violente (dans Dressed to Kill de Brian de Palma par exemple). 

Ce sont aussi ces idées reçues qui expliquent la nécessité de la représentation, de la large représentation des personnes trans.

Allez hop, le slogan de cet article sera : 
"Une seule solution, la représentation !"

Quittons-nous sur quelques liens.



Et n'oubliez qu'à Lille, la Pride est ce samedi 6 et concerne principalement les trans !


Bisous citron-romarin sur vous !

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