dimanche 12 avril 2015

A lion still has claws.

And mine are long and sharp my Lord
As long and sharp as yours ...

On est le 12 et Game of Thrones saison 5, ça commence !
Et il y en a encore une qui va se prendre des méchancetés sur sa belle gueule, c'est Cersei Lannister.



Anecdote : quand j'étais en stage au Bazar du Bizarre (librairie manga/comics lilloise qui vend aussi plein de goodies), je devais rester pro et calme alors que j'entendais des gens dire "Ha mais c'est trop une connasse !", "Qui veut un Funko Cersei sérieux ?!"ou encore "Haaa j'peux pas la blairer, c'est trop une pute !" et autres trucs sympas.

J'en ai même parlé avec les collègues qui ont compati. Merci les amis.

Oui, Cersei n'est pas sympa en mode Petit Poney joyeux.
Oui, elle ment, dupe, triche.
Oui, elle cause la mort de plusieurs personnes.

Mais c'est pas la seule, bordel de merde. 
At the game of thrones, you win or you die comme elle dit et c'est bien vrai.



Et tous les protagonistes le savent : tu dois savoir te faire respecter et tirer du épingle du jeu (de trônes) si tu veux survivre, quitte à mentir ou tuer. Et là, tu me dis "Ouais et Ned Stark ? C'est un brave p'tit gars sympa et honnête lui !".

Bah il meurt décapité en place publique après avoir été accusé de traitrise. Fais comme lui si ça te branche, mais moi, je préfère encore rester entière. Et ça, Cersei l'a bien compris. Et ça ne veut pas dire qu'elle est un monstre incapable de la moindre émotion, loin de là. Mais beaucoup la voient uniquement comme "la connasse" ," la salope" et autres mots sympas du genre, qui magouille dans son coin sans ciller.

C'est pas vrai. Cersei est une personne humaine avec des émotions et ça se voit dans les livres et dans la série. Quand elle parle de Jaime qu'elle aime. Quand elle parle de son père qu'elle admire. Quand elle parle de ses enfants qu'elle chérit. Quand elle doit envoyer sa fille à Dorne et que ça lui brise le cœur. Quand Jaime est capturé et qu'elle tombe dans une bonne p'tite dépression agrémentée de vin rouge. Quand ...

T'en veux d'autres ou ça te suffit là ?



Cersei essaie tout bêtement de survivre. Étonnant, non ? Dans un monde et une cour sans pitié, tu cherches à t'en sortir la tête haute quitte à employer des moyens peu recommandables. Elle le fait, ses frères le font, les autres familles le font, les conseillers le font. Mais ça, bizarrement, ça choque beaucoup moins une partie du public. Par contre, le fait que Littlefinger fasse accuser Tyrion de meurtre, stalke Catelyn, accumule les dettes pour le royaume, triche, ment, achète des bordels, veuille buter Joffrey, bute des gens et essaie de se taper une fille de 14 ans (Sansa) là, ça passe crème. 

Quelle est cette odeur ..?
Oh mais c'est l'odeur de la misogynie ! Je la reconnais !

Non, je n'exagère pas. Cersei Lannister agit comme toute personne sensée dans un climat aussi dangereux : elle se place en première, avec sa famille. Bien sûr, çà demande des sacrifices et ça ne lui est pas venue d'un coup d'un seul. Elle l'a appris à ses dépens.

Tu as peut-être lu Les Liaisons Dangereuses au programme du bac.  Et bien rappelle-toi Merteuil et sa devise Vaincre ou Périr et la fameuse lettre 81 où elle raconte sa discipline de fer pour être intraitable et sembler toujours sûre d'elle.

Et bien, Cersei, c'est la Merteuil de Game of Thrones : une femme intelligente qui sait ses forces et sait utiliser son pouvoir mais qui a cependant des sentiments et des faiblesses.

De plus, Cersei a des raisons d'avoir la rage parce que sa vie, elle craint. Oui, sa vie craint. Pour une bonne raison : elle a été abusée par sa condition de femme et par les hommes.

Cersei a un amour inconditionnel pour son jumeau Jaime au point de ne se "sentir entière que lorsqu'il est en moi (elle)", comme un seul être. Et être séparée de lui pour devenir une vraie dame et lui un vrai homme, un chevalier : elle a du apprendre à devenir quelqu'un d'autre que lui. Et elle est alors sous la tutelle de son père Tywin, qui tient son avenir en main via le choix de son futur époux : Robert Baratheon en l'occurrence.

Et Robert est un gros connard. Tu ne me feras pas admettre le contraire. Le type est un poivrot bedonnant qui la gifle, insulte et tripote/viole et c'est dit et montré dans le livre et dans la série. Il y a une scène dans la saison 1 qui m'avait tellement marquée que je m'en souviens encore : c'est Jaime qui admet vouloir tuer Robert pour ce qu'il fait subir à Cersei.

Et j'ai aussi des citations du bouquin pour appuyer mes dires puisqu'une ancienne connaissance m'a dit que je devais inventer des choses puisque LUI n'avait pas le souvenir de passages corroborant mon idée. Elles sont en anglais par contre, je préviens.

Chapitre 4. Robert, Cersei et leurs proches arrivent à Winterfell pour une visite après un long voyage. Le roi insiste pour voir la tombe de la sœur de Ned, qu'il aimait.

The queen had begun to protest. They had been riding since dawn, everyone was tired and cold, surely they should refresh themselves first. The dead would wait. She had said no more than that; Robert had looked at her, and her twin brother Jaime had taken her quietly by the arm, and she had said no more. 

Bon, quand tu fais un long voyage, c'est normal de vouloir te reposer et laver en arrivant. Cersei n'a pas tort de proposer ça et seulement ça ("she had said no more than that") et Robert la fixe et ça suffit à la faire taire en mode "Tu sais ce que tu vas te manger dans la gueule si tu causes encore".

Parce que Cersei n'est pas méchante en permanence envers son mari, malgré le peu d'amour qu'elle lui porte. Mais il lui répond d'une manière violente et insultante et ... totalement disproportionnée.

Chapitre 16 :

It was Cersei Lannister who answered. "How dare you speak to your king in that manner!"
At that, the king stirred. "Quiet, woman," he snapped.

 
Chapitre 29, à la veille d'un tournoi :

"You do not tell me what to do, woman," he screamed at Queen Cersei. "I am king here, do you understand? I rule here, and if I say that I will fight tomorrow, I will fight!" 

Chapitre 46, quand il agonise :

"Robert, my sweet lord . . . " Cersei began.
"I said leave," Robert insisted with a hint of his old fierceness. "What part of that don't you understand, woman?"


Ouais bah pas étonnant qu'elle puisse pas te saquer si tu l'engueules en public dès qu'elle essaie de te faire respecter en tant que roi. T'es vraiment UN GROS CON. Et en plus, tu la bats et tu en reportes toute la responsabilité sur elle (comportement typique d'un abuseur).

"What a jape the gods have made of us two," she said. "By all rights, you ought to be in skirts and me in mail."
Purple with rage, the king lashed out, a vicious backhand blow to the side of the head. She stumbled against the table and fell hard, yet Cersei Lannister did not cry out. Her slender fingers brushed her cheek, where the pale smooth skin was already reddening. On the morrow the bruise would cover half her face. "I shall wear this as a badge of honor," she announced.
"Wear it in silence, or I'll honor you again," Robert vowed.

Quelques instants plus tard :

"You see what she does to me, Ned."

Connard.

Et quand Ned demande à Cersei de le rencontrer quelques jours plus tard , il remarque son bleu sur la joue. Car oui, il l'a frappée assez fort pour lui coller un gnon en plein sur la tronche. Genre, c'est pas une p'tite gifle des familles, mais un bon gros pain dans sa tronche.

He saw the bruise where the king had struck her. The angry plum color had faded to yellow, and the swelling was down, but there was no mistaking it for anything but what it was.


"Has he done this before?"
"Once or twice." She shied away from his hand. "Never on the face before."


 Elle le dit texto : il l'a déjà frappée et pas au visage. Beaucoup d'abuseurs font ça aussi, ils frappent le corps pour que ça ne se voie pas.

Et tu as noté que j'ai mis en gras les passages les plus importants et que j'ai souligné par trois fois le même mot "woman". "Femme". C'est une insulte pour lui, mais pas pour elle. Même si elle n'est pas féministe (elle se croit au dessus des autres femmes et les enfonce quand elle peut), elle ne le prend pas pour insulte, mais par le ton et le contexte où il utilise le mot "woman" , c'en est une. "Woman" est utilisé pour la rabaisser, l'humilier, lui montrer son infériorité.




Résumons : Cersei a été élevée pour devenir une dame et vivre une vie très différente de celle de son aimé et frère jumeau Jaime qu'elle aime au delà de toute considération. Elle a été sous la tutelle de son père qu'elle adore et admire pour être ensuite sous la tutelle d'un mari violent et concon. A sa mort, elle a du gouverner avec son fils tout en s'occupant de lui car c'est un psychopathe. Elle a du exiler sa seule fille pour sa sécurité, a vu son amant être capturé et se faire amputer tout en devant s'occuper de sa survie, de ses affaires et celles de sa famille, avant de voir son fils aîné se faire assassiner à son mariage. Et tout ça en quatre saisons (non, Vivaldi, sors)(Oui, je n'ai lu que je le premier livre parce que ça m'endort un peu comme style).

Et après, tu t'étonnes que la meuf ait un tout p'tit peu le seum ?
Qu'elle cherche à se protéger, à sa défendre, et à défendre sa famille ?
Qu'elle cherche à venger les affront qui lui sont faits par tous les moyens ?
Qu'elle se mettre à boire car elle perd le contrôle malgré tous ses efforts ?
Qu'elle finisse par perdre un p'tit peu la boule après avoir perdu son fils (le fils qu'elle a eu avec l'homme qu'elle aime et qu'elle pourra jamais épouser ni assumer cet amour en public btw) et avoir cru ne jamais revoir Jaime?

Mais t'es un gros con.

Après, c'est sûr que c'est pas une sainte mais c'est pas la grosse méchante de la saga, celle qui a tous les torts, celle qui n'a que des défauts. C'est un personnage complexe, qui a vécu des sales épreuves et qui en bave, et qui fait du mieux qu'elle peut, même si c'est pas youpi vive la vie et les pâquerettes. Comme les autres persos.

Après, j'ai noté en lisant le tome 1 (A Game of Thrones) que Joffrey tient de Robert du point de vue du comportement. On blâme Cersei de ne pas savoir le contenir dans ses colères et ses décisions horribles, mais il a grandi en voyant son père (celui qu'il croyait être son père en tout cas) humilier et battre sa mère, la principale figure féminine de son entourage. Il n'a pas d'autre point de référence.

Sansa aime Joffrey et l'idéalise jusqu'à la fin de ce livre, jusqu'à la condamnation de son père et la mort de Robert. Et là, elle le voit comme il est vraiment : laid, cruel, froid, violent. Quand il pénètre dans sa chambre (ohlala) et la force à sortir du lit et à s'habiller, elle refuse de le suivre. Il ordonne donc qu'on la frappe parce qu'elle lui désobéit.

"My mother tells me that it isn't fitting that a king should strike his wife. Ser Meryn."
The knight was on her before she could think, yanking back her hand as she tried to shield her face and backhanding her across the ear with a gloved fist. Sansa did not remember failing, yet the next she knew she was sprawled on one knee amongst the rushes. Her head was ringing. Ser Meryn Trant stood over her, with blood on the knuckles of his white silk glove.
"Will you obey now, or shall I have him chastise you again?"

Sa mère. lui a dit. qu'un roi. ne doit pas. frapper. son épouse.
Parce qu'elle se fait frapper par son roi de mari et ne veut pas que son fils le fasse subir à sa future femme sauf que Joffrey a été habitué à voir Robert frapper Cersei et l'a donc interprété bien différemment.
Remarquez la ressemblance narrative avec la gifle donnée à Cersei : elle tombe mais ne pleure pas. Elle reçoit une menace en forme de question "Feras-tu ce que je te dis ou dois-je te frapper à nouveau? ("Wear it in silence, or I'll honor you again,"/ "Will you obey now, or shall I have him chastise you again?")

Et quand Sansa se rebelle à nouveau après qu'il l'ait forcée à voir la tête pourrie de son père sur une pique alors qu'elle pleure et hurle, il demande à ce qu'on la refrappe sous prétexte "qu'une femme ne doit pas contredire son mari" tout comme Cersei contredisait Robert.

"That's what I'll give you, Lady Sansa. Your brother's head."
A kind of madness took over her then, and she heard herself say, "Maybe my brother will give me your head."
Joffrey scowled. "You must never mock me like that. A true wife does not mock her lord. Ser Meryn, teach her."
This time the knight grasped her beneath the jaw and held her head still as he struck her. He hit her twice, left to right, and harder, right to left. Her lip split and blood ran down her chin, to mingle with the salt of her tears.


Et c'est à partir de ce moment que Sansa commence à comprendre la violence et la cruauté des hommes et de ce monde. Qu'elle commence à se construire une caparace. A prendre les armes, pas des épées ni haches, mais les mots, le charme, la persuasion.

Tout comme Cersei.
Et vous applaudissez le fait que Sansa "se sorte enfin les doigts du cul" et "arrête enfin de chialer" (elle a douze ans et voit sa famille se faire décimer en étant seule dans une cour hostile avec un fiancé cruel, pas de quoi chialer enfin) alors qu'elle fait exactement la même chose que Cersei à son âge.
Réfléchissez-y. Juste une seconde.

Bisous citron-pastèque sur vous.
#CerseiDefenseSquad



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